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En Bretagne, les Japonais investissent pour longtemps

Après l'Ile-de-France, la Bretagne est l'autre région d'implantation des entreprises japonaises en France. Réparties sur 29 sites, elles emploient 2 700 personnes. Alors que les groupes présents s'inscrivent dans la durée, le tissu industriel japonais a même tendance à se diversifier.

Article de La Tribune, le 04/12/2014.

L'usine de Concarneau sera, sous trois ans, la seule unité européenne de la coopérative à fabriquer la traditionnelle bonite séchée japonaise. (Crédits : CC Sophie flickr)

Elle ne comptera qu'une dizaine d'employés dans un premier temps mais l'annonce, cet été, de l'ouverture prochaine d'une usine de bonite séchée à Concarneau a fait les titres de la presse japonaise.

Le katsuobushi, littéralement poisson charbon, entre dans la composition du Dashi, un bouillon de poisson qui constitue la clé de voûte de la philosophie et de l'art culinaire japonais. Alors que le Japon n'exporte pas ce poisson, cet investissement en Finistère de la coopérative Makurazaki, est hautement symbolique. L'usine de Concarneau sera, sous trois ans, la seule unité européenne de la coopérative à fabriquer ce produit très prisé.

L'arrivée de cette usine est aussi un message fort en faveur de l'attractivité de la Bretagne au Japon, où d'autres industriels nippons de l'agro-alimentaire, tels le groupe Nissui, N°2 mondial de la pêche, ont déjà investi.,

Présent depuis 2007 suite à la reprise de l'entreprise Cité Marine à Kervignac (56), il emploie 600 personnes dans la fabrication de poisson pané. Ces cinq dernières années Cité Marine a investi dans une nouvelle usine, grossi ses effectifs et doublé son chiffre d'affaires (+100 M€) Le secteur agro-alimentaire n'est toutefois pas le seul domaine d'activité des entreprises japonaises qui, sur 29 sites, emploient au total 2672 salariés.

Fidélité et diversification

Si les historiques, comme Canon, Mitsubishi, Kenwwod, Sanden, Konica, installés pour certains depuis 20 à 30 ans, évoluent dans l'électronique, les télécoms, le commerce ou encore l'automobile, le tissu des industriels japonais présents en Bretagne a tendance à se diversifier. Ils regardent de plus en plus vers des secteurs innovants comme les algues, l'agroalimentaire (filières porc et boeuf) et les smart grids, ces réseaux intelligents de distribution d'électricité.

« Contrairement aux pays européens ou aux Etats-Unis, les investisseurs japonais s'inscrivent dans la durée, relève Vincent Chamaret, président de Bretagne Commerce International (BCI), prospecteur régional des investissements internationaux. Ces implantations industrielles s'adossent généralement à une stratégie d'expansion en Europe et les entreprises ne partent pas au bout de cinq à six ans. En revanche, des groupes comme Canon, entré dans les années 80 sur le marché du photocopieur, font évoluer leur métier au fil du temps. »

C'est aussi le cas de Sanden. Installé depuis plus de 20 ans à Tinténiac près de Rennes, ce groupe, qui compte 800 salariés bretons, a inauguré en octobre, Sanden Environmental Solutions. Spécialisé dans la production de compresseurs automobiles et de pompes à chaleur fondées sur les technologies CO2, Sanden veut étendre, via cette nouvelle entité, ses activités liées au confort thermique écologique, sur les marchés en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Il vise les 150 M€ de chiffre d'affaires sous cinq ans.

Pour la Bretagne, la fidélisation de groupes Japonais, qui engagent souvent des investissements lourds voire implantent localement, comme Mitsubishi Electric Corporation, leurs centres européens de R&D, est porteuse de nouvelles activités.

Enseignement supérieur et LGV

C'est donc une attention toute particulière que la Région montre à ce pays. Elle a d'ailleurs célébré cet été à Tokyo le 10e anniversaire des missions économiques qu'elle organise annuellement au Japon, et dont l'objectif est de renforcer ses relations avec les directions des grands groupes nippons. Une manière de les assurer de son soutien quant à leurs futurs développements en Europe et de réaffirmer ses atouts.

Le positionnement du Japon dans le peloton de tête des investisseurs étrangers en Bretagne trouve sa raison d'être dans plusieurs éléments. Lors de l'inauguration de sa nouvelle structure, le groupe Sanden pointait « les liens historiques avec les parties prenantes locales, la qualité de l'enseignement supérieur et la mise en œuvre d'une LGV qui mettra Rennes à 1h30 de Paris » comme autant « d'atouts qui font mouche. » S'y ajoutent un écosystème dynamique, une forte productivité de la population, et une qualité de vie reconnue. Dans le cas de l'usine de bonite séchée, le handicap de l'éloignement géographique de la Bretagne a été compensé par la concentration d'industries de la pêche.

Pour autant, la Bretagne est toujours concurrence avec d'autres régions en Europe, et malgré les aides en nature émanant de la Région et de l'Etat (prêts remboursables, aides à la création d'emploi...), la courbe d'investissement est juste stable, grâce aux extensions d'activité.

Alors que nouvelles formes de partenariat avec des entreprises locales émergent, BCI espère que le cycle d'investissements repartira à la hausse d'ici deux à trois ans. Une dizaine de projets d'implantation sont actuellement à l'étude, dont un dans le domaine des algues qui dépend de la structuration de la filière. Paradoxalement, le travail engagé par la Région auprès du Japon attire l'attention des voisins : les grandes entreprises chinoises.

Pascale Paoli-Lebailly